Le circuit Art nouveau dans la capitale alsacienne

© F. Romary
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Durant une quinzaine d’années, un style artistique à la fois précieux et insolite va déposer son empreinte dans le paysage urbain de l’Europe de la fin du 19e et du début du 20e siècle. Strasbourg aura une (belle) part de cet héritage.
© R. Burckel

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L’Art Nouveau, né par opposition aux codes du néo-classicisme, se répand sur tout le continent européen entre 1890 et 1914. Ce mouvement englobe tous les aspects de la vie quotidienne et touche aussi bien l’art de la verrerie que la céramique, l’ameublement ou l’architecture. Des noms célèbres tels que le verrier Émile Gallé, l’ébéniste Louis Majorelle ou l’architecte Hector Guimard se font les porte-paroles de cet « art nouveau ». Le monde végétal, dans sa splendeur et sa complexité, sert de modèle à ce mouvement qui marie avec bonheur des matériaux comme la pierre, la céramique et le fer forgé.

Alors que Nancy fait figure de pionnière en France, Paris affiche ses bouches de métro et ses immeubles signés Guimard. Strasbourg, quant à elle, troisième au classement, joue les outsiders. En effet, l’Alsace est à cette époque rattachée à l’empire germanique et accueille des architectes venus d’Allemagne ou ayant fait leurs études outre-Rhin. C’est de la rencontre entre le Jugendstil allemand et le courant franco-belge promu par Hector Guimard et Victor Horta que naît l’Art nouveau strasbourgeois

Le cœur même de la capitale alsacienne abrite, dans sa « Grande-Ile », quelques constructions de style Art nouveau. Mais la majorité des réalisations de cette école se trouve concentrée dans les quartiers du nord, autour de l’avenue des Vosges et du boulevard Clémenceau, et du nord-est, entre l’avenue de la Forêt-Noire et le parc de l’Orangerie. Au sud de la ville, dans le quartier de Neudorf, quelques immeubles témoignent également de cette influence. Schiltigheim enfin, à 2 km au nord de Strasbourg, comptabilise une vingtaine d’adresses Art nouveau. Le nombre total de sites concernés, entre Strasbourg et ses satellites urbains, représente plus de 140 rendez-vous, pour le bonheur des amateurs d’architecture.

Sentiers urbains

Sur la façade de la HEAR des allégories illustrent les différentes disciplines artistiques.

Sur la façade de la HEAR des allégories illustrent les différentes disciplines artistiques. © Photos R.A.N.

2000 ans d’histoire, ça laisse des traces. Et quand une ville se situe au carrefour de grandes voies de passage, sa physionomie se pare de facettes multiples attestant des cultures diverses dont elle s’est imprégnée. Ainsi, le paysage strasbourgeois offre à la fois une physionomie médiévale, Renaissance, classique et baroque, éclectique et historicisante. Sans oublier la signature Art nouveau.

En balisant le cœur de la cité de six sentiers urbains, selon une chronologie répartie entre le Moyen Age et l’époque contemporaine, la ville de Strasbourg propose la découverte de près de 300 édifices remarquables distribués sur ces parcours. Ceux dédiés à l’Art nouveau s’insèrent dans une balade de choix. A découvrir en se procurant la brochure « Balades strasbourgeoises » ou en suivant les visites-conférences organisées par l’Office de Tourisme de Strasbourg.

Office de Tourisme de Strasbourg

Tél : 03 88 52 28 28

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… Et un zeste de folie

Détail de la fresque polychrome de la Maison Egyptienne. © Photos R.A.N.

Détail de la fresque polychrome de la Maison Egyptienne. © Photos R.A.N.

Changement inattendu de décor au n° 10, rue du Général Rapp. La « Maison Égyptienne » datée de 1905 tranche, c’est le moins qu’on puisse dire, avec l’architecture prussienne de la « nouvelle ville » (Neustadt).

La très officielle patte néo-Renaissance du Palais du Rhin, dressé à deux pas de là, vient buter ici contre des formes et des couleurs dépaysantes teintées d’orientalisme. Une grande fresque polychrome occupe toute la façade, exhibant deux splendides figures égyptiennes entourées d’un décor végétal.

Oubliée un moment la grandiloquence d’un empire conquérant, on aime se perdre dans la contemplation de tels immeubles résidentiels dont les maîtres éclairés revisitent les styles anciens, loin des fracas du monde moderne.

 


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Focus

Une longueur d’avance…

L’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, devenue Haute école des arts du Rhin (HEAR), installée au n°1 de la rue de l’Académie, fait figure de précurseur dans le courant Art nouveau. D’emblée, l’édifice construit en 1892 se démarque des architectures germaniques monumentales de la place de la République. Le grès, pierre « officielle », est écarté au profit de la brique jaune vernissée. Le décor extérieur en céramique polychrome, conçu par le peintre Anton Seder, est réalisé par les ateliers de Léon Elchinger établi à Soufflenheim, ce dernier lui-même ancien élève des Arts Décos. On reconnaît les allégories des arts majeurs dispensés par l’école : l’Architecture, la Peinture et la Sculpture. Décors polychromes et motifs ornementaux inspirés par l’univers végétal annoncent déjà l’Art nouveau.