Micro-brasseurs en Alsace

© Photos R.A.N.
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SMALL IS BEAUTIFUL ! LA MICROBRASSERIE EST DEVENUE À LA FOIS UN MODÈLE ÉCONOMIQUE ET UN PHÉNOMÈNE DE SOCIÉTÉ SUPER-TENDANCE. L’ALSACE FIGURE EN BONNE PLACE DANS CE COURANT QUALITATIF ET HÉDONISTE. EN VOICI DEUX FIGURES MARQUANTES.

BRASSERIE DU PAYS WELCHE

Évelyne Hauser, L’immersion en altitude :

© Photos R.A.N. / L’abus d’alcool est dangereux pour la santé

© Photos R.A.N. / L’abus d’alcool est dangereux pour la santé

En pleine nature ! Le Pays Welche c’est un paradis de « l’entredeux », cerné à la fois par les Vosges et la plaine alsacienne. Ici on ne parle pas l’alsacien mais un patois de même souche que le français. C’est à Lapoutroie, dans la vallée de Kaysersberg, que Delphine Hauser décide de s’installer. Elle et son mari, tous deux Strasbourgeois, ont flashé sur ce pays d’eau, de relief et de verdure. Lui est brasseur amateur. Mais c’est elle qui va propulser la machine vers l’avant. Son expérience de la vente et du marketing fera le reste.

La bière, elle n’est pas tombée dedans petite mais c’est tout comme. Sa gamme de bières artisanales sera baptisée, tout naturellement, « La Welche ». L’étiquette c’est tout un programme : une empreinte digitale, comme un attachement au pays, avec un petit triangle flanqué d’une mesure d’altitude : 800 m. C’est là que ça se passe, au lieu-dit Faurupt. Ça monte, ça tournicote, jusqu’à atteindre une grande maison isolée tout là-haut avec vue imprenable sur la vallée. Pneus neige et chaînes de rigueur en hiver. L’authentique ça se mérite.

« Et la bière ? » dites-vous ?

Très désaltérante. Subtile. Avec des arômes de grand caractère. Est-ce par la vertu de l’eau de source de la vallée ? Ou bien faut-il croire la légende du valeureux paysan Batisse à l’origine de la bière « Welche » ? Celle ambrée, à la mousse voluptueuse, ou bien celle blonde, à la mousse dense. La maison décline ses bières en robes, en arômes et en saveurs marqués par leur typicité. Et comme Évelyne privilégie le « circuit court », elle aime bien quand on fait le voyage à Lapoutroie.

Les brassins de la légende :

On raconte qu’il y a bien longtemps, dans la belle vallée de Faurupt, au nord du Pays Welche, le paysan Batisse épousa la douce Éloïse, fille du meunier de Lapoutroie. En guise de dot, cette dernière lui dévoila un savoir mystérieux sur la culture et la fermentation des céréales pour la fabrication de bières au parfum et au goût inimitables. Cette méthode perpétuée de nos jours par Évelyne, emploie de l’orge malté, quelques plantes et de l’eau de source. C’est avec de tels ingrédients que sont produites la Welche ambrée et la Welche blonde, ainsi nommées en souvenir des chevelures rousse et dorée des deux pétillantes filles de Batisse et Éloïse.


BRASSERIE SAINTE-CRU

Vivien Remond, Le heavy metal en fûts :

© Photos R.A.N. / L’abus d’alcool est dangereux pour la santé

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Vivien Remond nous accueille dans un espace confortable habité par les cuves de brassins et les palettes portant une gamme fort variée de bières aux étiquettes peu banales.
Certaines bouteilles sont habillées de la croix de guerre, ce qui devrait être du goût des bikers. Le ton est donné. Oublié le temps où le jeune entrepreneur a fait ses premières armes dans un garage avec du matos quelque peu « pourave ». La maison a grandi, l’affaire a prospéré, mais la vocation d’origine n’a pas pris une ride : « militer avec acharnement pour convertir chaque buveur de bière industrielle en accro des saveurs, en junkie du houblon et en assoiffé de bière indépendante ». Rien que ça. À défaut de s’épanouir dans une formation rock, Vivien fera passer son message libertaire à travers l’amertume frémissante et décapante de ses bières baptisées Orange Mécanique, Red is Dead, Blizzard ou White Rabbit. Ce n’est qu’un échantillon. En homme de marketing, il se soucie néanmoins de satisfaire tous les goûts. Car si son univers brassicole est peuplé de bières anarchistes et non conventionnelles, il s’en trouve également des « hédonistes » et des « néo-libérales ». L’Alsace non plus n’est pas oubliée du répertoire et le patrimoine folklorique trouve sa place avec une « Vivala », blonde atypique facile à boire (et à vivre) et un « Manala » aux notes de fruits confits et d’orange amère, bière brune au tempérament sirupeux affirmé. Mais d’où vient le nom de la brasserie ? De la période où Vivien essuyait les plâtres de la jeune entreprise installée alors à Sainte-Croix-en-Plaine. L’aventure ado est entrée dans l’âge mûr… mais n’est pas assagie pour autant.

Keep on rocking !

Iconoclaste, la tendance saintecrucienne s’affirme à travers un net penchant pour les houblons modernes et très fruités. Séquence dégustation avec Apocalypse now, bière torréfiée torride qui égrène ses notes de chocolat et de café. Hivernator aux accents de caramel brûlé apporte un coup de jus pour la saison d’hiver. Tempête du désert, petite blonde apparemment discrète, a tout d’une grande. Red is Dead, une rousse incendiaire vous souhaite la bienvenue au monde des morts vivants. Et ce n’est qu’un échauffement ! L’Apocalypse c’est now ou jamais.